"Ce fut un éblouissement. Ce qui franchit ainsi la barrière de mes dents, ce n'était ni matière ni eau, seulement une substance intermédiare qui de l'une avait gardé la présence, la consistance qui résiste au néant et à l'autre avait emprunté la fluidité et la tendresse miraculeuses. Le vrai sashimi ne se croque pas plus qu'il ne fond sur la langue. il invite à une mastication lente et souple, qui n'a pas pour fin de faire changer l'aliment de nature mais seuleument d'en savourer l'aérienne moellesse. Oui, la moelesse: ni mollesse ni moelleux; le sashimi, poussière de velours aux confins de la soie, emporte un peu des deux et, dans l'alchimie extraordinaire de son essence vaporeuse, conserve une densité laiteuse que les nuages n'ont pas. [...]
C'es cela, le sashimi ― un fragment cosmique à portée du coeur"
Muriel Barbery, "Une Gourmandise", chapitre "Le Cru"


